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Florence Plon
Psychanalyste, journaliste, auteur
formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social
Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E


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Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 13:25
Ceci est un e-mail de (Associations Crématistes Poitou-Charentes) envoyé par florence plon (florence.plon@gmail.com). Ce lien pourrait vous intéresser: http://www.cremation-poitou-charentes.fr/CREMA/index.php?option=com_content&view=article&id=141:qvivre-la-perte-fin-de-vie-deces-deuil&catid=5:les-premiers-pas-du-site&Itemid=20
Par Florence PLON - Publié dans : articles psychanalyse
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Dimanche 24 avril 2011 7 24 /04 /Avr /2011 11:31

Yannick Haenel, Jan Karski, Folio, Paris, 2009, Prix Interallié, 194 p, 5,7 €.

 

(à lire, à relire et à diffuser)

 

La conclusion du livre, reprenant la vie atypique et le combat exemplaire de Jan Karski, est sévère : il n’y a pas eu de vainqueurs en 45 ! Seulement des nations qui savaient depuis 42, et ont laissé faire. Et ce, parce que la conscience du monde n’existait déjà plus. Hiroshima et Nagasaki n’ont été que des points d’orgue venant vérifier cette hypothèse.

 La résistance du ghetto de Varsovie a été un carnage inutile : les jeux étaient déjà faits ; elle était vouée à l’échec parce que les grands en avaient ainsi décidé : il n’apporteraient pas l’aide escomptée. Et pas davantage aux juifs qu’on aurait pu sauver tant il était possible de bombarder les rails d’accès aux camps et les installations allemandes d’où se tramait la Shoah.

 Dès 43, la  Pologne était mise aux enchères et les juifs vendus aux Nazis, les accords avec Staline ayant muselé toute action des Alliés en la matière.

Le fond de l’Histoire est toujours économique et tissé de conflits d’intérêts majeurs qui piétinent l’humain sans vergogne.

Il aurait été envisageable de faire émigrer les populations  juives ou de leur créer un état, comme cela s’est fait par la suite, avec les difficultés, certes, que l’on sait… Mais à cette époque de guerre mondiale, aucun état ne souhaitait les recevoir, ni leur ouvrir une terre d’asile. Cela coûtait cher en temps, en négociations et financements, et surtout, personne ne voulait  croire, personne ne voulait savoir, personne ne voulait admettre ce qui se passait : l’Holocauste. Et les conservateurs étaient trop majoritaires au Congrès américain pour que le gouvernement puisse agir autrement.

L’humanité entière est responsable de ces crimes, et pas seulement les Nazis.

 C’est ce que démontre cet ouvrage puissant, poignant et hallucinant où sont dévoilées, en cette période de négationnisme et de laxisme devant le courage et les responsabilités, les vérités qui dérangent.

Tout le monde savait ; on a juste laissé faire en toute lucidité, dans le non dit et le déni total. Ce mensonge organisé s’est développé en toute impunité, les leaders ayant été informés. Personne n’a osé arrêter Hitler dans son sombre processus d’extermination.

 « Tout le monde sait qu’une partie du monde massacre l’autre et pourtant, il est impossible de le faire entendre ». Cet adage a encore de l’avenir…

Qui pourrait en effet reconnaître que l’homme porte en lui les germes de la haine, du massacre et de l’horreur et qu’il se veut un loup pour l’homme ?
Freud l’annonce dès 29, et cet homme, Jan Karski, résistant polonais, témoin de la vie dans le ghetto et de l’extermination dans les camps, est envoyé en 43, comme émissaire auprès des gouvernement alliés, pour donner l’alarme. Son combat pour faire partager ses informations aux grandes puissances alliées sera un échec. Roosevelt l’écoute à la Maison Blanche en sommeillant.

 Il est écouté mais pas entendu dans sa dénonciation de l’infamie. Il écrit un livre dès 44, « Story of a secret state »,  lequel aura un franc succès, ô paradoxe, dès sa sortie, où il partage les hommes entre ceux qui donnent la mort, et ceux qui assistent à la mise à mort. L’accusation est drastique.

Un des rares à l’entendre sera Szmul Zygielbojm, membre du Conseil National polonais, représentant du Bund à Londres, lequel choisira de se suicider, stigmatisant ainsi la finitude de l’espoir !

Au final, Roosevelt et Churchill, à la question d’Hitler sur « que faire des juifs ? » ont eu la même réponse : s’en débarrasser ; Hitler dans le réel, et les politiques, dans le silence.

Karski s’enferme alors dans le mutisme, comme tous les rescapés. Beaucoup sont partis avec leur secret et leur douleur. Ils ont enseveli leur savoir sur les hommes, pour ne pas déranger les hommes. Il ne reprendra la parole qu’en 79, avec peine, lors du film de Claude Lanzmann, film futuriste, dont il assure qu’il ne pourra être compris que lorsque le voile des compromissions se lèvera.


Après 50 ans, les survivants reprennent cette parole dont on les a privés.

 « On peut redonner vie à la parole par la parole » (parole hassidique).

 

Florence Plon 

Par Florence PLON - Publié dans : critique littéraire
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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 08:50

Pieds nus sur les limaces, comédie dramatique, de Fabienne Berthaud, avec Ludivine Sagniez, Diane Kruger, Denis Ménochet, distribution Haut et court, 1H48, 2009.

 

Le titre est déroutant pour ne pas dire étrange ; et pourtant, un petit chef d’œuvre se cache derrière, tout en tendresse, en générosité, en qualité humaine.

 La cinéaste se passionne pour son sujet, pour ses actrices et ose réaliser un film courageux, d’une rare exactitude clinique, sur ce tabou de la folie.

Deux sœurs, dont l’une des plus fantasques et l’autre des plus rangées, vont, par la mort de leur mère, s’inscrire sur un chemin, inattendu, qui mettra en résonance leur vécu et leur avenir.

Le poids de l’enfance, le poids de l’éducation, le poids des souvenirs et la confusion ou la fusion de ce passé dans l’âge adulte, apportent une note aussi terrible que lumineuse, aussi dramatique qu’aérienne, toute en gaieté malgré la gravité du sujet. On ne se déprend pas de ce que l’on est, de ce qui vous a forgé, de ce dans quoi l’on s’est construit : une famille qui vous moule et vous structure (ou pas) dès la naissance et ce, jusqu’à la fin de l’adolescence. Les conséquences  sont graves pour la vie d’adulte lorsque la pathologie a pris les commandes.

  Comment faire avec, comment l’intégrer et la côtoyer sans perdre la raison mais en donnant raison au droit d’autrui à se vivre autrement ?

L’auteur le démontre : il y a d’autres alternatives à l’enfermement et à la camisole chimique ; il y a d’autres réponses. Il est possible de prendre le risque de laisser vivre, à son gré, un sujet désarrimé, déstructuré, pour peu qu’il ait trouvé une solution à son angoisse, à son vide, et puisse s’accrocher à un délire, à une personne ou à une construction qui l’étaye ; c’est délicat et tout le temps remis en question, mais ça marche ; c’est aussi la position de la psychanalyse !

 Cette solution est parfois saumâtre, et indigeste, pour les proches : ici l’assassinat de bestioles, euthanasiées sans culpabilité, sous couvert de taxidermie, reliant, dans un nouage qui plairait à Lacan, le pan de la morbidité et de la déchéance, avec la réparation, le tissage des morceaux, la couture des fourrures, dans une production d’objets des plus improbables. Invention d’une efficacité remarquable, dans le registre thérapeutique, pour faire tenir, dans un espoir ponctuel, ce qui a depuis longtemps lâché …

 Par ailleurs, l’auteur pointe avec doigté et tact un autre aspect fort intéressant de ce type de situation.

 Comment des proches, très proches, peuvent se leurrer, se faire leurrer, s’aveugler sur la gravité d’un symptôme en le rabattant sur des comportements lunatiques ou simplement caractériels. On se fait vite manipuler par ces sujets jouissant d’une cohabitation sans fard avec une vérité dont ils se  font des certitudes, mais posant eux-mêmes, sur autrui, un regard totalement lucide… Comment l’habitude de la tendresse, de l’affection et de la tolérance aveugle font passer à côté du danger  extrême de la pathologie .

Les autres, moins proches, ne peuvent faire avec et ont pris le large, mais l’aînée va relayer sa mère, pour éviter à sa soeur la normalisation et  l’embrigadement de l’intégration sociale qui la détruiraient. Si elle sait repousser instinctivement la violence qui affleure chez sa sœur  pour ne pas la persécuter, ni la faire disjoncter, elle se noie dans un projet sans issue. A elles deux, elles résistent. Mais à éviter de regarder les choses en face, en refusant de voir ce à quoi l’on a à faire, l’extravagance, le délire, l’errance, la paranoïa, la pente suicidaire, on prend le risque d’y laisser soi-même sa peau. Quand la psychose* est là, il faut appeler un chat un chat. Jamais on ne lutte mieux que lorsque l’on a identifié l’adversaire. Fabienne Berthaud est allée au fond d’un drame rarement traité avec autant de dignité et Ludivine Sagniez ne joue pas un rôle, mais engage son être le plus intime, sachant que chacun d’entre nous, après tout, est bordé par sa propre folie. Chapeau bas.

 

Florence Plon

 

*et non pas la névrose comme on a pu lire sur Internet où certains spectateurs s’accordent à y voir un film gentiment décalé…

Par Florence PLON - Publié dans : spectacles
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Mardi 15 mars 2011 2 15 /03 /Mars /2011 12:56

Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ? Editions de l’Olivier, 2010, 363 p, 22€.

 

 On avait déjà  les fast-food et les speed-dating… Maintenant on a aussi le quick-writing, à l’américaine : une autre façon de traiter l’écriture ! Vite écrit, vite consommé, pré-digéré, sans construction, ni style, ni réflexion solide. Les éditions de l’Olivier ne sont pourtant  pas coutumières du fait, (coup médiatique ou financier ?) et, autre paradoxe, le consensus de la critique interroge sur les exigences critiques actuelles de la presse. Dithyrambiques commentaires, à l’instar de Michel Schneider, dans Le Point, sur cet essai, considéré comme « ajoutant à l’interrogation d’un penseur du quotidien, le style d’un grand écrivain ». Cela laisse songeur. Autant aller passer ses soirées sur M6, pour y trouver, à l’instar des films porno ou d’horreur, des images à sensations et un ennui certain.

On avale une logorrhée de descriptions, dans une complaisance de détails des plus abjects et sordides, accompagnée d’une pléthore de répétitions qui alourdissent le propos ; profusion de chiffres à sensations, sortis de tout contexte, et témoignages bidonnés, achèvent le tableau. Culte du grand spectacle, des scoops, et du choc des images ! De surcroît, les digressions   l’eau de rose sur l’enfance et les souvenirs familiaux de l’auteur, n’aident pas au suspens. Un pamphlet peut certes être virulent et ciblé, mais n’est pas Bossuet qui veut !

On n’y apprend malheureusement pas grand chose qui n’ait déjà été traité et montré dans moult reportages sur cette question épineuse de la spécificité de l’élevage industriel, dont les télés passent à l’envie des reportages instructifs qu’on ne peut avoir zappés, hormis à ne rien vouloir en savoir !

Le seul mérite de cet ouvrage, à supposer que l’on aille jusqu’au bout, sera qu’on ne pourra plus s’inscrire dans le déni, ni continuer à fermer les yeux.

 

Si l’homme, disait Freud, est un loup pour l’homme, il est aussi le prédateur d’animaux le plus redoutable. L’auteur a su là-dessus être éloquent. Un américain mange 21000 animaux au cours de sa vie.

Elevage vite fait, mal fait, travail d’usine à la chaîne, où dans la rentabilité de l’intensif, se perd l’éthique et le respect minimal envers le vivant : manipulations génétiques, inséminations artificielles, tripatouillages hormonaux, bestialité des abattoirs, ratages à grande échelle…

L’auteur dénonce avec justesse la «  sorcellerie des créatures sur mesure », le mensonge généralisé, la loi du profit et de la rentabilité à tout crin, les conflits d’intérêts, le mépris des lois.

Il est à l’évidence, plus facile de payer des amendes que de se restructurer de manière durable. Comme partout, le manque de courage, de prévention et la mauvaise foi systématique de ceux qui tirent les ficelles, sont aux commandes. Le secteur de l’élevage industriel est un lobby sur-puissant qui fait ce qu’il veut sous couvert de «  l’accroissement de l’efficacité ».

Il se défend en avançant une argumentation imparable : « c’est la demande qui crée l’offre », des populations entières veulent de la nourriture à bas prix et ne sont pas en mesure, ou désireuses, de payer plus cher, pour une meilleure qualité ; donc on nourrit la planète au rabais et ainsi on l’empoisonne, à tous les sens du mot, au prix de la santé humaine, parasitée par les grippes aviaires, les perspectives de pandémies, les virus H5N1, les vaches folles, et autres moutons à tremblote etc…

 Les déjections de porcs, médicamentés à outrance, (moins dans une perspective de guérison que de prévention) partent dans les nappes phréatiques, sans qu’aucune réglementation sérieuse ne puisse s’y opposer. Hécatombe de poissons dans les fleuves, puis dans les océans, évidemment…

La production à bas prix contribue aux changements climatiques et menace la santé des consommateurs. C’est dit.

D’aucuns se battent pour d’autres perspectives, mais aucune solution ni même embryon de solution, ne sont là proposés pour sortir de l’ornière. Est-ce à croire que tout est consommé ?

Une chose est sûre cependant : cela ne donne plus envie de manger des volailles élevées en batterie… Et si, au final c’était l’objectif ? Alors oui c’est gagné !

Florence Plon

Par Florence PLON - Publié dans : critique littéraire
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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 09:18

Qu’est ce que c’est la famille ? La vie de famille

 

C’est le lieu du couple, donc de la sexualité. Et le lieu des enfants, donc, de la procréation. Un groupe de personnes régi par l’interdiction de l’inceste.

Lieu refuge, de sécurité, d’amour (!) mais aussi lieu problématique de toutes les embrouilles…

Lieu, enfin, en pleine évolution… Il suffit de se pencher sur l’Histoire pour constater combien les choses changent au travers des siècles. Ne serait-ce qu’en considérant la nouveauté de ces concepts tels que la maternité ( enfants abandonnés, placés en nourrices…), la paternité ( du pater familias qui avait droit de vie et de mort sur les siens,  au père actuel qui partage les couches et la cuisine), l’adolescence ( les enfants travaillaient aux champ ou à la mine ; le droit d’aînesse)), l’amour parental et tout récemment « l’aide à la parentalité » puisqu’il faut désormais apprendre à des parents comment fonctionner avec leurs enfants.

 

I Le couple

Domaine de la sexualité et du désir.

Autrefois, le couple était programmé pour une vingtaine d’années de vie commune, rarement plus, du fait de la mortalité. Le mariage en était le socle ; il intervenait tôt et le divorce n’existait pas. Les familles se voulaient nombreuses, du fait de la haute mortalité des enfants en bas âge.

On ne commence à maîtriser l’échéance de mort et la force de fécondité que depuis la fin du 18°, grâce aux progrès de la médecine.

Aujourd’hui, la moyenne des décès se situe autour de 75 ans (Dix de moins pour les hommes).

Les mariages sont de plus en plus tardifs, mais en chute libre ces quelques dernière années, alors que le taux des divorces monte à vue d’œil les (les enfants ont en moyenne entre 5 et 15 ans). Les femmes ont deux enfants ¼ ce qui n’aide pas à la croissance démographique ; on régule absolument les naissances.

Les couples, aujourd’hui partagent une vie de couple plus longue avant d’avoir leurs enfants et, très fréquemment, les hommes et les femmes ont plusieurs vies de couples dans une vie.

Liberté et changement, union libre, depuis 68 les codes et règles ont disparu ; est-ce forcément plus mal ? Faut-il vivre à toute force ensemble quand le couple ne marche plus ? Les solutions d’hier ne semblent pas meilleures que celles d’aujourd’hui. Cela donne cette géographie actuelle des familles recomposées  et de parents isolés. Et certes, cela correspond à davantage de sincérité, le patrimoine et sa préservation, pas plus que la priorité de la stabilité des enfants, ne se posant comme essentielles.

On s’appuie désormais davantage sur un principe autre qui est celui du désir. A savoir que quand ils deviennent parents, les partenaires ne doivent pas oublier de rester un couple ; leur parentalité ne doit pas occuper toute la place ; le couple doit rester un couple soudé par leur amour et leur sexualité, sinon la construction psychique des enfants est mise à mal. Dolto rappelait souvent combien le sourire de la mère doit se distraire du nourrisson qu’elle allaite, pour se diriger vers le père quand il rentre. Cela indique que, si elle est devenue mère, elle est bien restée une femme. Une vie de famille où les parents ne sont plus que dans la parentalité fait le lit de difficultés pour les enfants et surtout les ados.

 

II Les enfants

 

La famille est donc le lieu des pathologies du fait du bouillonnement des affects et sentiments qui s’y développent.

- Lieu des confrontations entre générations,

- lieu des compétitions, jalousies dans la fratrie (Caïn et Abel ; emblématique lutte fratricide),

- lieu des identifications aux parents puis autonomisation des adolescents ,

- lieu des déceptions pour les parents qui doivent rompre avec l’image de l’enfant idéal qu’ils s’étaient forgés.

C’est là que naissent et se développent les structures qui définissent l’être humain : névroses, perversions, psychoses et leurs conséquences, conséquentes. La structure des uns, conditionnant les ravages chez les autres, elles se partagent, se connaissent, ou pire encore, sont déniées. C’est à dire que l’on refuse de les voir, d’en savoir quelque chose et que l’on va jusqu’à faire comme si de rien n’était, devant la folie, l’alcoolisme, la drogue, les addictions quel qu’ils soient. Bref ne pas dire aux enfants, je vois, je sais, je ne suis pas d’accord, à défaut de pouvoir y changer quelque chose, c’est leur faire perdre la boussole du bon sens, et cautionner par son silence. Parce que eux, ils voient tout et jugent. Et demandent des comptes, une fois adolescents. « Qu’est-ce que vous faîtes ensemble ? »

Or il s’agit de prendre le temps et la responsabilité de créer des fondations pour que la vie ne transforme pas les carences en fortifications. Parce que les fortifications enferment et peuvent un jour se fissurer, voire exploser.

 

 La famille se veut le lieu de l’éducation (et non pas l’école comme on a tendance à le croire de nos jours.) Le lieu où s’incorpore la loi.

La première loi, fondamentale de toute société étant celle de l’interdit de l’inceste, à laquelle l’enfant se confronte dès deux ans quand il devient amoureux de son papa pour la fille, et de sa mère, pour le petit garçon. Quelque chose lui est alors signifié par le consensus parental de l’intransgressible et du report dans le temps, pour attendre la rencontre adulte, d’un autre adulte. C’est cette situation œdipienne et le terme, posé par la castration, l’interdit, le non, qui vont lui permettre d’entrer symboliquement dans la réalité de la socialisation, et des apprentissages, en quittant l’imaginaire de la toute puissance infantile. Sinon s’installent des conséquences pathogènes sur le développement de l’enfant.

On a beau être passé de l’autorité absolue du pater familias à la négociation et à la réciprocité de l’autorité partagée, il n’empêche que les vieux schémas restent structurants : l’autorité du père n’est légitimée que s’il est reconnu et nommé par la mère comme le représentant de la loi ; le père réel n’est que la représentation physique, de cette dimension symbolique. Ou pour le dire autrement, la mère transmet la loi si elle a elle-même été prise dans la loi du père.

Ce qui implique que pour être de bons parents, il faut être dans l’harmonie d’un couple solide.

De l’autorité, on passe donc à l’éducation, de l’éducation à la transmission : les choses se transmettent par l’exemple, et non par le dire, seul. Aimer n’est pas laisser faire, mais bien au contraire,  pouvoir dire non. Pouvoir priver, pouvoir frustrer. C’est toute la difficulté et elle s’articule à la castration propre à chacun des parents.

De fil en aiguille se pose le non à la violence, non à l’état de nature, non aux addictions… non à la surconsommation… non à tout… tout de suite…

 

L’exemple et le dire :

Ce qui se transmet malheureusement le plus, c’est le non dit : ce qui ne se dit pas et que tous les enfants captent expressément. Ca, vraiment, ça leur parle !

Paradoxalement, « infans », en latin vient de  non fari privatif de parler : celui qui ne parle pas. On y a longtemps cru que les petits ne parlant pas, ne comprenaient pas. On l’a admis, surtout depuis F Dolto, mais les a priori persistent.

Récemment, j’ai reçu une jeune femme en deuil de sa jeune sœur suicidée, qui m’expliquait avoir des problèmes récents devant le comportement de sa fille de 5 ans ; elle lui a expliqué que sa tante était tombée d’une échelle et en était morte. Premier pas méritant dans l’explication, mais tout n’y est pas ; elle a reculé devant le fait de lui dire que si elle était montée sur l’échelle c’était pour se pendre. La chute reste, en cette occurrence, une métaphore très ambiguë…

 Il ne s’agit pas de donner des détails sordides à cette petite fille, mais bien de lui expliquer que sa tante est morte parce qu’elle l’a décidé ; que ça a été son choix, que personne n’y peut rien et que ce choix se doit d’être respecté. Si la jeune mère arrive à transmettre ça à sa fille ( ce qui a été fait) elle lui épargnera des symptômes ultérieurs, genre phobie des échelles, peur du vide, ou encore comportements à risques dans des contextes d’altitude par ex…

Et ce, parce que les choses se gravent inconsciemment et ressortent un jour ou l’autre sous des formes étranges et indéchiffrables (sauf pour un analyste) qui peuvent handicaper une vie et engendrer de fâcheuses répétitions.

 

III Prendre soin du lien.

Si la castration est difficile à donner parce qu’on fait en fonction de la sienne propre, au moins, chacun a le choix de donner la parole, le dire aux générations suivantes en s’interdisant les silences, les non dits et les secrets, fameux secrets de famille si ravageants et dont on repère, en analyse, combien l’insu est toujours, inconsciemment, su. Ne pas dire, c’est s’octroyer un pouvoir sur l’autre, détenir un savoir auquel on ne lui donne pas accès, donc être dans une forme de tout puissance… à quel titre, au nom de quel statut ?

 Si l’on ne peut arriver à dire, il faut aller en parler à un professionnel qui permettra que les choses puissent se débloquer, se formuler et que se désamorcent  les nouages des deuils,  des incestes[1], des naissances illégitimes etc…

Delà, j’en viens à la nécessité de faire exister  les absents, de faire exister le deuil à Noël, aux anniversaires, de donner vie aux souvenirs partagés à haute voix, sans crainte de faire mal à l’autre. On peut s’autoriser à vivre les choses comme on les sent. En revanche, on ne doit ne pas oublier les enfants qui sont souvent isolés au milieu du deuil des adultes. Ils le sont doublement, pris entre leur propre deuil et le rejet des parents qui ne sont plus en mesure de s’occuper d’eux pour les soutenir. Il est tout à fait souhaitable de les emmener, même s’ils sont tous petits, sur les lieux de vie du défunt ou aux rites, sans tomber dans la morbidité, sans honte, ni culpabilité. Et sans s’occuper des avis conseils et jugements des uns et des autres…

On ne fait pas un deuil, on le traverse et on évolue dans la relation au chagrin et à la souffrance. Il vaut mieux se faire aider quand  c’est trop difficile, mais pas forcément par des médicaments. La parole, l’échange, la catharsis sont les meilleures thérapies.

J’insiste sur l’importance de parler du deuil, de l’absence, de la séparation, du manque, non seulement, tout de suite, mais encore longtemps après.

Oui, c’est dur de dire à un enfant, ton frère, ou ta mère, est malade parce qu’il a fallu d’abord pouvoir se dire mon fils, ou ma femme, est malade … ou mort (e) ou drogué (e). Pour pouvoir dire aux autres, il faut d’abord  pouvoir se le dire à soi même, en regardant les choses en face.

On peut alors aborder la maladie, le deuil, comme l’alcool, les drogues, ou la folie. Les enfants ont besoin de repères, de savoir, de compréhension, pour donner du sens à leur réflexion et à leur vie, et bien grandir. C’est la responsabilité des parents.

 [1] On parle aujourd’hui davantage d’incestuel : copiner avec ses enfants, les faire dormir dans le lit des parents et.c.

e Catherine Vigourt Un jeune garçon (Stock 2010)

° Isabelle Monnin les vies extraordinaires d’Eugène (Lattès 2010)



[1] On parle aujourd’hui davantage d’incestuel : copiner avec ses enfants, les faire dormir dans le lit des parents et.c.

Par Florence PLON - Publié dans : articles psychanalyse
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