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Florence Plon
Psychanalyste, journaliste, auteur
formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social
Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E


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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 09:18

Qu’est ce que c’est la famille ? La vie de famille

 

C’est le lieu du couple, donc de la sexualité. Et le lieu des enfants, donc, de la procréation. Un groupe de personnes régi par l’interdiction de l’inceste.

Lieu refuge, de sécurité, d’amour (!) mais aussi lieu problématique de toutes les embrouilles…

Lieu, enfin, en pleine évolution… Il suffit de se pencher sur l’Histoire pour constater combien les choses changent au travers des siècles. Ne serait-ce qu’en considérant la nouveauté de ces concepts tels que la maternité ( enfants abandonnés, placés en nourrices…), la paternité ( du pater familias qui avait droit de vie et de mort sur les siens,  au père actuel qui partage les couches et la cuisine), l’adolescence ( les enfants travaillaient aux champ ou à la mine ; le droit d’aînesse)), l’amour parental et tout récemment « l’aide à la parentalité » puisqu’il faut désormais apprendre à des parents comment fonctionner avec leurs enfants.

 

I Le couple

Domaine de la sexualité et du désir.

Autrefois, le couple était programmé pour une vingtaine d’années de vie commune, rarement plus, du fait de la mortalité. Le mariage en était le socle ; il intervenait tôt et le divorce n’existait pas. Les familles se voulaient nombreuses, du fait de la haute mortalité des enfants en bas âge.

On ne commence à maîtriser l’échéance de mort et la force de fécondité que depuis la fin du 18°, grâce aux progrès de la médecine.

Aujourd’hui, la moyenne des décès se situe autour de 75 ans (Dix de moins pour les hommes).

Les mariages sont de plus en plus tardifs, mais en chute libre ces quelques dernière années, alors que le taux des divorces monte à vue d’œil les (les enfants ont en moyenne entre 5 et 15 ans). Les femmes ont deux enfants ¼ ce qui n’aide pas à la croissance démographique ; on régule absolument les naissances.

Les couples, aujourd’hui partagent une vie de couple plus longue avant d’avoir leurs enfants et, très fréquemment, les hommes et les femmes ont plusieurs vies de couples dans une vie.

Liberté et changement, union libre, depuis 68 les codes et règles ont disparu ; est-ce forcément plus mal ? Faut-il vivre à toute force ensemble quand le couple ne marche plus ? Les solutions d’hier ne semblent pas meilleures que celles d’aujourd’hui. Cela donne cette géographie actuelle des familles recomposées  et de parents isolés. Et certes, cela correspond à davantage de sincérité, le patrimoine et sa préservation, pas plus que la priorité de la stabilité des enfants, ne se posant comme essentielles.

On s’appuie désormais davantage sur un principe autre qui est celui du désir. A savoir que quand ils deviennent parents, les partenaires ne doivent pas oublier de rester un couple ; leur parentalité ne doit pas occuper toute la place ; le couple doit rester un couple soudé par leur amour et leur sexualité, sinon la construction psychique des enfants est mise à mal. Dolto rappelait souvent combien le sourire de la mère doit se distraire du nourrisson qu’elle allaite, pour se diriger vers le père quand il rentre. Cela indique que, si elle est devenue mère, elle est bien restée une femme. Une vie de famille où les parents ne sont plus que dans la parentalité fait le lit de difficultés pour les enfants et surtout les ados.

 

II Les enfants

 

La famille est donc le lieu des pathologies du fait du bouillonnement des affects et sentiments qui s’y développent.

- Lieu des confrontations entre générations,

- lieu des compétitions, jalousies dans la fratrie (Caïn et Abel ; emblématique lutte fratricide),

- lieu des identifications aux parents puis autonomisation des adolescents ,

- lieu des déceptions pour les parents qui doivent rompre avec l’image de l’enfant idéal qu’ils s’étaient forgés.

C’est là que naissent et se développent les structures qui définissent l’être humain : névroses, perversions, psychoses et leurs conséquences, conséquentes. La structure des uns, conditionnant les ravages chez les autres, elles se partagent, se connaissent, ou pire encore, sont déniées. C’est à dire que l’on refuse de les voir, d’en savoir quelque chose et que l’on va jusqu’à faire comme si de rien n’était, devant la folie, l’alcoolisme, la drogue, les addictions quel qu’ils soient. Bref ne pas dire aux enfants, je vois, je sais, je ne suis pas d’accord, à défaut de pouvoir y changer quelque chose, c’est leur faire perdre la boussole du bon sens, et cautionner par son silence. Parce que eux, ils voient tout et jugent. Et demandent des comptes, une fois adolescents. « Qu’est-ce que vous faîtes ensemble ? »

Or il s’agit de prendre le temps et la responsabilité de créer des fondations pour que la vie ne transforme pas les carences en fortifications. Parce que les fortifications enferment et peuvent un jour se fissurer, voire exploser.

 

 La famille se veut le lieu de l’éducation (et non pas l’école comme on a tendance à le croire de nos jours.) Le lieu où s’incorpore la loi.

La première loi, fondamentale de toute société étant celle de l’interdit de l’inceste, à laquelle l’enfant se confronte dès deux ans quand il devient amoureux de son papa pour la fille, et de sa mère, pour le petit garçon. Quelque chose lui est alors signifié par le consensus parental de l’intransgressible et du report dans le temps, pour attendre la rencontre adulte, d’un autre adulte. C’est cette situation œdipienne et le terme, posé par la castration, l’interdit, le non, qui vont lui permettre d’entrer symboliquement dans la réalité de la socialisation, et des apprentissages, en quittant l’imaginaire de la toute puissance infantile. Sinon s’installent des conséquences pathogènes sur le développement de l’enfant.

On a beau être passé de l’autorité absolue du pater familias à la négociation et à la réciprocité de l’autorité partagée, il n’empêche que les vieux schémas restent structurants : l’autorité du père n’est légitimée que s’il est reconnu et nommé par la mère comme le représentant de la loi ; le père réel n’est que la représentation physique, de cette dimension symbolique. Ou pour le dire autrement, la mère transmet la loi si elle a elle-même été prise dans la loi du père.

Ce qui implique que pour être de bons parents, il faut être dans l’harmonie d’un couple solide.

De l’autorité, on passe donc à l’éducation, de l’éducation à la transmission : les choses se transmettent par l’exemple, et non par le dire, seul. Aimer n’est pas laisser faire, mais bien au contraire,  pouvoir dire non. Pouvoir priver, pouvoir frustrer. C’est toute la difficulté et elle s’articule à la castration propre à chacun des parents.

De fil en aiguille se pose le non à la violence, non à l’état de nature, non aux addictions… non à la surconsommation… non à tout… tout de suite…

 

L’exemple et le dire :

Ce qui se transmet malheureusement le plus, c’est le non dit : ce qui ne se dit pas et que tous les enfants captent expressément. Ca, vraiment, ça leur parle !

Paradoxalement, « infans », en latin vient de  non fari privatif de parler : celui qui ne parle pas. On y a longtemps cru que les petits ne parlant pas, ne comprenaient pas. On l’a admis, surtout depuis F Dolto, mais les a priori persistent.

Récemment, j’ai reçu une jeune femme en deuil de sa jeune sœur suicidée, qui m’expliquait avoir des problèmes récents devant le comportement de sa fille de 5 ans ; elle lui a expliqué que sa tante était tombée d’une échelle et en était morte. Premier pas méritant dans l’explication, mais tout n’y est pas ; elle a reculé devant le fait de lui dire que si elle était montée sur l’échelle c’était pour se pendre. La chute reste, en cette occurrence, une métaphore très ambiguë…

 Il ne s’agit pas de donner des détails sordides à cette petite fille, mais bien de lui expliquer que sa tante est morte parce qu’elle l’a décidé ; que ça a été son choix, que personne n’y peut rien et que ce choix se doit d’être respecté. Si la jeune mère arrive à transmettre ça à sa fille ( ce qui a été fait) elle lui épargnera des symptômes ultérieurs, genre phobie des échelles, peur du vide, ou encore comportements à risques dans des contextes d’altitude par ex…

Et ce, parce que les choses se gravent inconsciemment et ressortent un jour ou l’autre sous des formes étranges et indéchiffrables (sauf pour un analyste) qui peuvent handicaper une vie et engendrer de fâcheuses répétitions.

 

III Prendre soin du lien.

Si la castration est difficile à donner parce qu’on fait en fonction de la sienne propre, au moins, chacun a le choix de donner la parole, le dire aux générations suivantes en s’interdisant les silences, les non dits et les secrets, fameux secrets de famille si ravageants et dont on repère, en analyse, combien l’insu est toujours, inconsciemment, su. Ne pas dire, c’est s’octroyer un pouvoir sur l’autre, détenir un savoir auquel on ne lui donne pas accès, donc être dans une forme de tout puissance… à quel titre, au nom de quel statut ?

 Si l’on ne peut arriver à dire, il faut aller en parler à un professionnel qui permettra que les choses puissent se débloquer, se formuler et que se désamorcent  les nouages des deuils,  des incestes[1], des naissances illégitimes etc…

Delà, j’en viens à la nécessité de faire exister  les absents, de faire exister le deuil à Noël, aux anniversaires, de donner vie aux souvenirs partagés à haute voix, sans crainte de faire mal à l’autre. On peut s’autoriser à vivre les choses comme on les sent. En revanche, on ne doit ne pas oublier les enfants qui sont souvent isolés au milieu du deuil des adultes. Ils le sont doublement, pris entre leur propre deuil et le rejet des parents qui ne sont plus en mesure de s’occuper d’eux pour les soutenir. Il est tout à fait souhaitable de les emmener, même s’ils sont tous petits, sur les lieux de vie du défunt ou aux rites, sans tomber dans la morbidité, sans honte, ni culpabilité. Et sans s’occuper des avis conseils et jugements des uns et des autres…

On ne fait pas un deuil, on le traverse et on évolue dans la relation au chagrin et à la souffrance. Il vaut mieux se faire aider quand  c’est trop difficile, mais pas forcément par des médicaments. La parole, l’échange, la catharsis sont les meilleures thérapies.

J’insiste sur l’importance de parler du deuil, de l’absence, de la séparation, du manque, non seulement, tout de suite, mais encore longtemps après.

Oui, c’est dur de dire à un enfant, ton frère, ou ta mère, est malade parce qu’il a fallu d’abord pouvoir se dire mon fils, ou ma femme, est malade … ou mort (e) ou drogué (e). Pour pouvoir dire aux autres, il faut d’abord  pouvoir se le dire à soi même, en regardant les choses en face.

On peut alors aborder la maladie, le deuil, comme l’alcool, les drogues, ou la folie. Les enfants ont besoin de repères, de savoir, de compréhension, pour donner du sens à leur réflexion et à leur vie, et bien grandir. C’est la responsabilité des parents.

 [1] On parle aujourd’hui davantage d’incestuel : copiner avec ses enfants, les faire dormir dans le lit des parents et.c.

e Catherine Vigourt Un jeune garçon (Stock 2010)

° Isabelle Monnin les vies extraordinaires d’Eugène (Lattès 2010)



[1] On parle aujourd’hui davantage d’incestuel : copiner avec ses enfants, les faire dormir dans le lit des parents et.c.

Par Florence PLON - Publié dans : articles psychanalyse
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