Présentation

Florence Plon
Psychanalyste, journaliste, auteur
formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social
Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E


Recherche

Mardi 15 mars 2011 2 15 /03 /Mars /2011 12:56

Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ? Editions de l’Olivier, 2010, 363 p, 22€.

 

 On avait déjà  les fast-food et les speed-dating… Maintenant on a aussi le quick-writing, à l’américaine : une autre façon de traiter l’écriture ! Vite écrit, vite consommé, pré-digéré, sans construction, ni style, ni réflexion solide. Les éditions de l’Olivier ne sont pourtant  pas coutumières du fait, (coup médiatique ou financier ?) et, autre paradoxe, le consensus de la critique interroge sur les exigences critiques actuelles de la presse. Dithyrambiques commentaires, à l’instar de Michel Schneider, dans Le Point, sur cet essai, considéré comme « ajoutant à l’interrogation d’un penseur du quotidien, le style d’un grand écrivain ». Cela laisse songeur. Autant aller passer ses soirées sur M6, pour y trouver, à l’instar des films porno ou d’horreur, des images à sensations et un ennui certain.

On avale une logorrhée de descriptions, dans une complaisance de détails des plus abjects et sordides, accompagnée d’une pléthore de répétitions qui alourdissent le propos ; profusion de chiffres à sensations, sortis de tout contexte, et témoignages bidonnés, achèvent le tableau. Culte du grand spectacle, des scoops, et du choc des images ! De surcroît, les digressions   l’eau de rose sur l’enfance et les souvenirs familiaux de l’auteur, n’aident pas au suspens. Un pamphlet peut certes être virulent et ciblé, mais n’est pas Bossuet qui veut !

On n’y apprend malheureusement pas grand chose qui n’ait déjà été traité et montré dans moult reportages sur cette question épineuse de la spécificité de l’élevage industriel, dont les télés passent à l’envie des reportages instructifs qu’on ne peut avoir zappés, hormis à ne rien vouloir en savoir !

Le seul mérite de cet ouvrage, à supposer que l’on aille jusqu’au bout, sera qu’on ne pourra plus s’inscrire dans le déni, ni continuer à fermer les yeux.

 

Si l’homme, disait Freud, est un loup pour l’homme, il est aussi le prédateur d’animaux le plus redoutable. L’auteur a su là-dessus être éloquent. Un américain mange 21000 animaux au cours de sa vie.

Elevage vite fait, mal fait, travail d’usine à la chaîne, où dans la rentabilité de l’intensif, se perd l’éthique et le respect minimal envers le vivant : manipulations génétiques, inséminations artificielles, tripatouillages hormonaux, bestialité des abattoirs, ratages à grande échelle…

L’auteur dénonce avec justesse la «  sorcellerie des créatures sur mesure », le mensonge généralisé, la loi du profit et de la rentabilité à tout crin, les conflits d’intérêts, le mépris des lois.

Il est à l’évidence, plus facile de payer des amendes que de se restructurer de manière durable. Comme partout, le manque de courage, de prévention et la mauvaise foi systématique de ceux qui tirent les ficelles, sont aux commandes. Le secteur de l’élevage industriel est un lobby sur-puissant qui fait ce qu’il veut sous couvert de «  l’accroissement de l’efficacité ».

Il se défend en avançant une argumentation imparable : « c’est la demande qui crée l’offre », des populations entières veulent de la nourriture à bas prix et ne sont pas en mesure, ou désireuses, de payer plus cher, pour une meilleure qualité ; donc on nourrit la planète au rabais et ainsi on l’empoisonne, à tous les sens du mot, au prix de la santé humaine, parasitée par les grippes aviaires, les perspectives de pandémies, les virus H5N1, les vaches folles, et autres moutons à tremblote etc…

 Les déjections de porcs, médicamentés à outrance, (moins dans une perspective de guérison que de prévention) partent dans les nappes phréatiques, sans qu’aucune réglementation sérieuse ne puisse s’y opposer. Hécatombe de poissons dans les fleuves, puis dans les océans, évidemment…

La production à bas prix contribue aux changements climatiques et menace la santé des consommateurs. C’est dit.

D’aucuns se battent pour d’autres perspectives, mais aucune solution ni même embryon de solution, ne sont là proposés pour sortir de l’ornière. Est-ce à croire que tout est consommé ?

Une chose est sûre cependant : cela ne donne plus envie de manger des volailles élevées en batterie… Et si, au final c’était l’objectif ? Alors oui c’est gagné !

Florence Plon

Par Florence PLON - Publié dans : critique littéraire
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés