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Florence Plon
Psychanalyste, journaliste, auteur
formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social
Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E


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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 08:50

Pieds nus sur les limaces, comédie dramatique, de Fabienne Berthaud, avec Ludivine Sagniez, Diane Kruger, Denis Ménochet, distribution Haut et court, 1H48, 2009.

 

Le titre est déroutant pour ne pas dire étrange ; et pourtant, un petit chef d’œuvre se cache derrière, tout en tendresse, en générosité, en qualité humaine.

 La cinéaste se passionne pour son sujet, pour ses actrices et ose réaliser un film courageux, d’une rare exactitude clinique, sur ce tabou de la folie.

Deux sœurs, dont l’une des plus fantasques et l’autre des plus rangées, vont, par la mort de leur mère, s’inscrire sur un chemin, inattendu, qui mettra en résonance leur vécu et leur avenir.

Le poids de l’enfance, le poids de l’éducation, le poids des souvenirs et la confusion ou la fusion de ce passé dans l’âge adulte, apportent une note aussi terrible que lumineuse, aussi dramatique qu’aérienne, toute en gaieté malgré la gravité du sujet. On ne se déprend pas de ce que l’on est, de ce qui vous a forgé, de ce dans quoi l’on s’est construit : une famille qui vous moule et vous structure (ou pas) dès la naissance et ce, jusqu’à la fin de l’adolescence. Les conséquences  sont graves pour la vie d’adulte lorsque la pathologie a pris les commandes.

  Comment faire avec, comment l’intégrer et la côtoyer sans perdre la raison mais en donnant raison au droit d’autrui à se vivre autrement ?

L’auteur le démontre : il y a d’autres alternatives à l’enfermement et à la camisole chimique ; il y a d’autres réponses. Il est possible de prendre le risque de laisser vivre, à son gré, un sujet désarrimé, déstructuré, pour peu qu’il ait trouvé une solution à son angoisse, à son vide, et puisse s’accrocher à un délire, à une personne ou à une construction qui l’étaye ; c’est délicat et tout le temps remis en question, mais ça marche ; c’est aussi la position de la psychanalyse !

 Cette solution est parfois saumâtre, et indigeste, pour les proches : ici l’assassinat de bestioles, euthanasiées sans culpabilité, sous couvert de taxidermie, reliant, dans un nouage qui plairait à Lacan, le pan de la morbidité et de la déchéance, avec la réparation, le tissage des morceaux, la couture des fourrures, dans une production d’objets des plus improbables. Invention d’une efficacité remarquable, dans le registre thérapeutique, pour faire tenir, dans un espoir ponctuel, ce qui a depuis longtemps lâché …

 Par ailleurs, l’auteur pointe avec doigté et tact un autre aspect fort intéressant de ce type de situation.

 Comment des proches, très proches, peuvent se leurrer, se faire leurrer, s’aveugler sur la gravité d’un symptôme en le rabattant sur des comportements lunatiques ou simplement caractériels. On se fait vite manipuler par ces sujets jouissant d’une cohabitation sans fard avec une vérité dont ils se  font des certitudes, mais posant eux-mêmes, sur autrui, un regard totalement lucide… Comment l’habitude de la tendresse, de l’affection et de la tolérance aveugle font passer à côté du danger  extrême de la pathologie .

Les autres, moins proches, ne peuvent faire avec et ont pris le large, mais l’aînée va relayer sa mère, pour éviter à sa soeur la normalisation et  l’embrigadement de l’intégration sociale qui la détruiraient. Si elle sait repousser instinctivement la violence qui affleure chez sa sœur  pour ne pas la persécuter, ni la faire disjoncter, elle se noie dans un projet sans issue. A elles deux, elles résistent. Mais à éviter de regarder les choses en face, en refusant de voir ce à quoi l’on a à faire, l’extravagance, le délire, l’errance, la paranoïa, la pente suicidaire, on prend le risque d’y laisser soi-même sa peau. Quand la psychose* est là, il faut appeler un chat un chat. Jamais on ne lutte mieux que lorsque l’on a identifié l’adversaire. Fabienne Berthaud est allée au fond d’un drame rarement traité avec autant de dignité et Ludivine Sagniez ne joue pas un rôle, mais engage son être le plus intime, sachant que chacun d’entre nous, après tout, est bordé par sa propre folie. Chapeau bas.

 

Florence Plon

 

*et non pas la névrose comme on a pu lire sur Internet où certains spectateurs s’accordent à y voir un film gentiment décalé…

Par Florence PLON - Publié dans : spectacles
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Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /Mars /2009 17:22

 

 

 

HARVEY MILK de Gus van Sant (interprétation oscarisée de Sean Penn) mars 2009 USA

 

Hossegor , spot de surf landais, océan soleil…
Le cinéma programme ce samedi soir : Harvey Milk : six spectateurs dans la salle … Qui s’intéresse au sort de la communauté gay des années 70 ? Et aujourd’hui, au vécu de la dite communauté ?

Or, Il en va de certains films comme de certains livres : il ne faut pas les rater ; on en sort différents, heureux de vivre et marqués pour la suite de nos vies.

Harvey Milk  retrace les dernières années de la carrière politique ce leader de la cause gay que son parcours militant exemplaire, dans l’état de Californie,à San Francisco  amena à être élu à une fonction officielle. Il a lutté pour la tolérance et l’intégration des homosexuels ; son combat a changé les mentalités, et son engagement a changé l’histoire et a permis que cette population ne soit plus regardée comme déviante mais comme à part entière, non honteuse de son statut et de sa sexualité.

Des décennies de luttes sévères… contre des amendements et des lois scélérates soutenant une politique ségrégationniste !

Deux heures qui nous donnent à réfléchir sur nos propres positions.

Un film fort, qui met à mal les idées moralisatrices et bien pensantes, celles  qui s’avançant sous couvert de convictions religieuses, décident du bien et du mal, au lieu de laisser la tolérance et l’humanisme aux commandes.

Pourquoi traîner l’autre, s’il est différent, dans la boue ? D’où ce penchant vient-il à l’homme ? Qu’est-ce qu’être un homme ?

Je reprends cet exemple rapporté par Jean Pierre Lebrun qui me paraît éclairant.

« Le père d’Albert Camus est mort lorsque celui-ci avait un an et il a donc vécu avec une mère qui était sourde et illettrée. Son père était un soldat dans l’Atlas, pendant la guerre et lors d’une prise de garde avec son collègue, ils ont trouvé leurs deux collègues soldats assassinés, égorgés et le sexe tranché et mis dans la bouche. Le collègue du père de Camus disait que c’était là les rites des gens de là-bas et le père de Camus, de manière extrêmement forte, s’opposait à une telle lecture et son argument était celui-ci : « parce qu’un homme, ça s’empêche ! ». Je trouve que c’est une très belle définition de l’interdit de l’inceste. Un homme, ça s’empêche : un homme sait qu’il n’a pas accès à tout. » (« un lien social as if » JP Lebrun  2 février 2009 sur www.psychasoc.com).

Un homme plie à la loi des hommes, fondée sur cet interdit ; et quand il s’en approche trop ou fraye avec, il se détruit. Mais les sociétés évoluent vers un accommodement avec l’essentiel. Dans un aménagement consécutif, elles lâchent du lest et en assouplissent les limites vers ce qui se définit comme « l’incestuel ».

« Cet incestuel » cerne et tente de définir, entre autres, ce dérapage : oser penser, et s’autoriser à croire que les déviances, les perversions, la violence, et tous les maux qui frappent l’homme dans sa condition humaine, pourraient n’appartenir qu’aux autres et pas à soi. Que l’on en serait indemne ?  Et que, de ce fait, l’on saurait avoir un pouvoir sur l’autre et le juger, parce qu’il serait différent, donc inférieur à soi. Ce serait la loi de la jungle, le retour à l’état de nature.

Or, la culture a pris le pas sur la nature depuis longtemps, ou c’est du moins ce que l’on tente de croire. La culture met des barrières. Les hommes sont donc égaux devant la loi ; elle s’applique à tous. Les uns ne font pas la loi aux autres.

Oui, l’homme a la liberté de ses positions, la liberté de ses mots : ils nous font libres et égaux en droits au-delà des racismes qui, au final ne font que démontrer la jalousie que l’on porte à l’autre pour sa différence.

L’incestuel, c’est se laisser aller aux indignités et à la facilité de la dérobade, au tout-possible, aux petites lâchetés et aux compromis insatisfaisants.

La psychanalyse a donné depuis longtemps, son avis sur tout cela, en stigmatisant toute ségrégation, de couleur, de religion, de structures et de sexualité.Elle soutient des sujets qui, quelque soit leur structure, ont à prendre des positions, qui les honorent dans leur dignité d’humain : la détermination, l’engagement à la vie ou à la mort en sont les fleurons.

 

Ce film démontre que quelque soit la conjoncture, chacun a toujours le choix de ses choix, de son désir, à tout moment de sa vie. Défendre ses convictions. Ne pas se laisser marcher dessus

Oser dire tout haut et afficher la différence, ne jamais renoncer aux luttes qui sont justes.

Ce film fait la preuve que l’on peut rester debout, et mourir debout, face au racisme, à l’ostracisme, au sectarisme, contre ce qui, dans l’homme, le mène à être un loup pour l’homme. Et sans céder sur une once de ce que l’on défend et en ayant le courage de montrer l’avenir à ceux qui suivent. Et, par le poids de l’exemple, drainer derrière soi l’adhésion.

Des combats qui ont montré, par leur valeur et leur victoire, que les idées survivent à ceux qui sont morts pour elles, et que tous ces morts ne l’auront pas été pour rien.

Qu’on ne laisse pas aux générations futures une planète définitivement pourrie mais bien quelques valeurs qui fondent notre humanité.

Un témoignage historique, politique, sociologique, émouvant…

 

 Florence Plon

Par Florence PLON - Publié dans : spectacles
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 10:35

publié dans Cultures et Sociétés 2009

Un pari impossible !


Région sinistrée s’il en est, les Landes s’éveillent, depuis peu, à une initiative grandement courageuse et porteuse de résultats.

Elle porte le nom d’Opéra des Landes, mais contrairement à ce qu’il s’en indique, il s’agit d’une association qui, depuis dix ans, lutte pour cet objectif insensé, faire des Landes une région où l’opéra emporte ses lettres de noblesse et devienne accessible au plus large public.

L’essor de cette innovation va croissant.


Sous la houlette d’Olivier Tousis se sont mis en place des spectacles d’opéra avec des solistes professionnels et des choristes, recrutés pour leur expérience et leur motivation dans  les chorales de la région. Synergie d’amateurs et de professionnels, face à un public qui s’avère passionné.

 

 

Cette année, « Carmen », a été choisi par les choristes, persuadés que cet opéra serait accessible au grand public, parce que déjà connu, très visuel, et récité en français. Olivier ne cautionnait pas cette idée, au vu des difficultés de mise en scène, et compte tenu du non professionnalisme de la plupart des chanteurs et des figurants. Mais devant leur insistance, il cède, conscient qu’il s’affronte à un opéra difficile à manier, un mythe au demeurant, ardu à renouveler en matière de créativité.

Ses hésitations sont fondées, la mise en scène est d’une ingratitude rare : il s’épuise, par moments, à porter des participants, peu au fait de la rigueur que leur demanderait une telle prestation. Mais il sait où il va et comment, et c’est assez peu négociable.

Les choristes, même motivés, ne prennent pas toujours la notion exacte du travail à fournir et ont un peu tendance à croire que, de ce loisir, ils vont faire une détente et un amusement. Nous en sommes loin, dans cette conjoncture, où les efforts ne peuvent se négliger sous peine  d’échec ; la visée de réussite va leur en demander des plus constants et soutenus. « Ils ne savent pas se maquiller, s’habiller, marcher… il faut veiller à tout ». Le principal étant de leur faire faire les jeux de scène, sans nuire à la qualité du chant.

Ils sont recrutés sur leur motivation ; on leur explique les contraintes, les exigences mais ils ont du mal à les mesurer tant qu’ils ne se sont pas confrontés au sacerdoce des dimanches et week-ends consacrés aux apprentissages, puis répétitions et enfin, semaine de spectacles.

Ils doivent savoir par cœur la partition, ce qui n’est pas habituellement le cas dans les chorales.

Le livret est certes connu, mais les lignes mélodiques sont ardues et demandent énormément de concentration si l’on veut chanter toutes les notes de la partition.

« Ca en calme beaucoup », nous dira Daniel Gratalon, le chef de chœur qui les fait travailler toute l’année. « Ceux qui restent savent ce qu’ils veulent ».  Ils travaillent avec un pianiste, avant l’arrivée de l’orchestre pour les répétitions. Cette année, le temps est compté pour leur apprendre à pallier le manque de présence en scène en les initiant à un minimum de sens de l’espace et de la gestuelle.

Multiplicité des tableaux, des décors, des personnages à jouer : ils vont  devoir se changer autant de fois de costumes :  peuple et cigarières contrebandiers, aficionados… bref, s’inscrire dans cette  lourde logistique. La plus grande difficulté réside malheureusement dans le manque de discipline, de respect et d’écoute, pour suivre les directives du chef d’orchestre ou du metteur en scène. On sortira de l’impasse à l’issue de longues mises au point, admonestations, crises et tensions !

Mais l’enjeu est de taille et chacun, en son for intérieur a envie d’aller plus loin et d’ accomplir la tâche pour soutenir l’objectif défini. La musique les porte et ils ont pris goût à ce plaisir d’apprendre, forme d’addiction comme une autre, mieux qu’une autre, qui leur donne la notion de leurs possibilités.

Ils sont  éblouis de pouvoir côtoyer des artistes solistes qui n’hésitent pas à collaborer en toute simplicité ; et surpris de voir la facilité apparente de leurs prestations et surtout de découvrir les dessous d’une telle discipline. « Ca tire vers le haut, on a envie de donner le meilleur. »

 

On repère que ce Carmen prend tout son sens en ce pays landais où l’Espagne, la tauromachie, le flamenco sont omniprésents, baignant dans cette culture de folklore, de contrebande, de peuples minoritaires à forte identité où les caractères sont trempés et les conflits tenaces. Le drame n’est jamais loin, chaleur, soleil, tentation, dépravation et trahisons ; la violence et la mort sont en toile de fond avec, bien sûr, l’amour, l’amour-passion, l’amour-fusion, l’amour déception. Carmen est un opéra mythique nous dira Olivier, trans-générationnel, dont il prône le retour à la partition ; économie de décors, d’effets d’opérette, d’effets dramatiques ; cela n’empêche pas des actes d’un grand esthétisme, d’où émane une puissante vibration..

Il va donc mettre l’accent sur cette relation entre Carmen et don José et recentrer le propos sur l’intimité de cette histoire d’amour qui s’achève, et dont il dissèque, avec subtilité, les mécanismes. Sa Carmen n’est ni vulgaire, ni caricaturale d’hystérie ou de tragédie, ni pute ni soumise, mais humaine, ordinaire, une femme libre, si contemporaine, sobre, énergique,

Note exceptionnelle, le choix d’un don José d’âge mûr. Cette option donne une densité autre à la blessure de l’abandon, à un âge où il reste peu d’avenir ; la perte à laquelle il s’affronte, de la femme de sa vie, ou, comme disait Nougaro avec noirceur, « de la femme de sa mort » rend la situation définitivement pathétique; un homme en errance, honneur perdu, futur meurtrier dont le ténor, Christian Lara reprend, au pied levé, le rôle, avec une grande expérience et une touchante sensibilité.

Nous avons aussi une Micaela toute en puissance et en sérénité ; madone émouvante, à laquelle elle prête une dimension qui rompt avec la tradition erronée du personnage mièvre et édulcoré.

On peut rendre hommage à un  jeune chef d’orchestre Brice Martin, montois, l’actuel chef d’orchestre de cuivres et percussions de l’orchestre national de Bordeaux Aquitaine ; sa simplicité révèle un potentiel à l’avenir prometteur ; son tact, sa pédagogie, sa diplomatie, ses exigences de résultat, même pour les amateurs, ont permis ce tour de force de nous offrir une musicalité de toute qualité, bien favorisée par l’acoustique des lieux.

On remarquera aussi Thomas Dear en Escamillo talentueux à l’orée d’une belle carrière…
Enfin les arènes, qui émaillent les Landes de leurs sable blond proposent leurs hauts lieux propices au déroulement de cette histoire. La noirceur décrite par un Mérimée, frappé par la pauvreté d’une Espagne du XIX°, et la légèreté apportée par Bizet qui y imprime la texture d’une opérette, bénéficient de l’originalité et de la beauté de ce cadre, au bénéfice des spectateurs subjugués.

Le lieu sacré du « duende » où le sang baigne le sol, de rixes, en mises à mort, s’anime, à la nuit tombante, des cris de martinets, dérangés dans leur coucher, zébrant le ciel d’un vol rageur.

Les décors de palissades en pin des Landes, et les affiches politisées mélangent les problématiques  de deux époques différentes qui parlent, sans trêve, de cette difficulté à vivre et à gagner sa vie. Un même combat politique, féministe, relie passé et présent, histoire et actualité, politique et grèves, XIX° et XXI°siècles.

 

Olivier Tousis  veut avoir un œil sur tout ; pas toujours facile de tout gérer, pas toujours facile de déléguer, pas toujours facile de faire le consensus…

Fondateur de l’Opéra des Landes, initiateur de la collaboration avec les partenaires du festival, l’homme aux baskets rouges, le béret enfoncé sur la tête, manage, d’une main de maître, une soixantaine de choristes, l’orchestre et les solistes sans concessions aucune, et assure la mise en scène avec exigence et créativité au risque de se voir critiqué ; il n’est pas à ça près et ne cherche pas à se faire aimer, mais à avoir du résultat et une réussite qui lui rallieront les suffrages, il n’en doute pas. C’est lui qui recrute solistes et musiciens sur une sélection critique draconienne, dans son réseau professionnel et amical, ce qui lui apporte ce « plus » inestimable de connivence et de confiance avec ses collaborateurs. Son régisseur-lumières, tout comme le décorateur, amis de toujours, savent, avec leur technique, rendre concrètes ses idées visionnaires.

Il ne laisse rien au hasard, a choisi longuement la panoplie de costumes à Bordeaux chez un costumier. Exploitant une palette de bruns, d’ocres, de blancs cassés, de beiges,  il donne par ces nuances, une douceur et une profondeur chaude aux différents tableaux.

Le dernier acte verra les acteurs en rouge et blanc, clin d’œil humoristique aux couleurs de la région, pour les fêtes de Dax, de Bayonne, de Pampelune, célèbres ferias d’été où s’écrasent des milliers d’autochtones et de touristes.

 

Grosse organisation, grosse coordination, lui à Monaco, l’association à Soustons : heureusement des personnes de confiance assurent le travail de fond de gestion et de secrétariat, et les contacts avec les villes concernées (hébergements des musiciens chez l’habitant).

Créée en 1998, l’Association pour l’art lyrique en Aquitaine devient l’Opéra des Landes en 2000 et donne, cette année-là, la Traviata dans le cadre du festival d’art lyrique. En quelques années, l’évolution est fulgurante : le choeur est passé de 32 à 68 choristes cette année.

L’objectif est multiple ;

- offrir à des choristes, la chance de se produire avec des chanteurs lyriques et musiciens d’orchestre professionnels, dans des conditions en tous points professionnelles ;

- donner un large accès aux spectacles (400 enfants landais ont vu, depuis 2005, les opéras joués pour eux, par la compagnie bordelaise Opéra light, dans le cadre du festival) ;

- promouvoir de jeunes talents ;

- inviter les jeunes de moins de 25 ans aux générales ;

- présenter les opéras dans le respect du public, c’est à dire en version intégrale ;

- réduire les spectateurs à 500 pour préserver pleinement l’intimité de l’action : chanteurs proches du public ;

- sortir l’opéra de ses lieux habituels.

La logistique municipale est remarquable (comme à Soustons avec la mise à disposition du personnel de la mairie et d’un maximum de facilités techniques).

Et les budgets, s’ils ne reposent pas encore sur les entrées, s’équilibrent par une volonté suivie de subventions (Conseil Régional, Conseil Général, mairies, communauté de communes) couvrant les gros frais de production. Les artistes et techniciens pro sont rémunérés par l’association.

Il semblerait qu’il n’y ait pas trop de souci à se faire, toutes les représentations se donnent à guichets fermés…

 

Et le public vient…

 

Les handicapés du centre Lestang se déplacent après avoir, pour la plupart d’entre eux, suivi les répétitions au sein de la salle de spectacle de leur centre d’hébergement… Comme quoi il y aurait aussi des choses à faire dans ce domaine !

Un choriste (ébéniste de son métier) raconte comment il a offert une place à une stagiaire de son entreprise, totalement néophyte, qui a été enthousiasmée… Le bouche à oreille fait son oeuvre et une toile d’araignée se tisse au sein d’une population réceptive.

Tous les participants amènent, les familles et les proches, des gens qui ne connaissaient rien  au lyrique, ou encore des gens qui ont peut-être pensé un jour qu’ils iraient à Paris ou à Bayreuth ou encore au Capitole, mais qui ne le font jamais ; et tout à coup, une fois par an, l’opéra vient à eux dans leur ville, et ils y vont, et cela devient une tradition. Certains se demandent comment il faut s’habiller, quand applaudir, mais ils voient Micaela casquée, qui rentre chez elle, en scooter, avec sa jupe longue et son châle brodé…  la harpiste enceinte qui se lève entre les morceaux pour se détendre… Carmen et don José qui se chauffent la voix dans les toilettes des toreros… Des gens comme les autres… comme eux, qui  accèdent à ce qui était préalablement réservé à une élite.

 

 

Chacun s’accorde à penser qu’il y a tout lieu de pérenniser cette action, ce beau projet ambitieux qui prend tournure d’année en année. A la Première, les spectateurs, après le salut, entonnent, en remerciements, l’air du toréador : une belle émotion ! Magie du spectacle, et aventure humaine. L’objectif est rempli : fédérer des méthodes de travail, modeler les savoir-faire autour d’une pensée, d’une vision, d’une idée… et enrichir les participants et les spectateurs… C’est chose faite et si l’on pouvait avoir un doute, la petite Léa, qui, du haut de ses quatre ans, chante  « la garde montante » dans le choeur des enfants avec la plus parfaite conviction, nous fait la démonstration, que le pari est déjà gagné pour le présent, comme pour l’avenir !

Florence Plon 

 

 

 

 

 

 

 

Direction artistique : Olivier Tousis

Direction musicale : Brice Martin

Chorégraphie : Sabine Mouscardes

Chef de chœurs : Daniel Gratalon

Lumières : Frédéric Herviant

Costumes : Maison Grout

Décors : Pavel Mazaryk

 

Carmen : Christel Lindstat

Don José : Christian Lara

Micaëla : Tanya Laing

Escamillo : Thomas Dear

Par Florence PLON - Publié dans : spectacles
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